Distorsions #1 – Critique de la critique musicale

 

Ainsi, il m’est arrivé une fois de débattre avec le leader du collectif sur son formspring de la critique musicale. A travers 5 ou 6 posts, il m’expliquait en quoi selon lui la critique était infondée et comment il ne prêtait pas attention à celle-ci puisqu’elle ne faisait qu’analyser sa musique de manière presque industrielle sans en connaître le fond. En gros, il m’a dit qu’on pouvait critiquer sa musique mais qu’il ne la faisait pas pour qu’elle le soit. Il subsiste encore des mystères sur ces paroles, sur la raison qui le pousse à y intégrer tout ce qu’il y met, et selon lui ces mystères peuvent mener à une mauvaise interprétation. Il m’a alors donné un exemple concret : Une de ses relations a un gros tatouage qui dit un truc du genre “I love My Sister”. Il s’est moqué de lui et a critiqué le côté beauf de ce tatouage avant qu’il n’apprenne que la personne n’avait pas de mère, que sa soeur s’est occupée de lui comme une mère et qu’elle était décédée… Ce qui apportait beaucoup plus de sens à ce tatouage qu’on pourrait interpréter comme kitch. Il m’a alors expliqué que je ne pouvais pas saisir tout le sens de sa musique car il y intégrait des choses du même genre, qu’aucun site de l’acabit de Pitchfork ne pouvait le faire non plus et que chaque artiste y met de son côté personnel sans tout “déclarer”.

Je suis conscient de ce qu’il m’a expliqué… Et que donc la critique n’est jamais complète et qu’il convient au lecteur d’interpréter… Sans pour autant trop en faire. Il m’est arrivé de mal interpréter le sens de la musique, comme celle de James Blake sur son album, où je comparais ses lyrics à celle d’un enfant renfermé et isolé : sur I Never Learnt To Share, il répétait en boucle My brother and my sister don’t speak to me… But I don’t blame them. (Mon frère et ma soeur ne me parlent pas, mais je ne leur en veux pas). J’ai alors directement pensé à un enfant simple d’esprit, renfermé, qui ne comprend pas sa relation avec ses frères et soeurs. Alors qu’en fait, après avoir accordé plus d’importance à la profondeur du reste des paroles de l’album, j’ai réinterprété plus justement ce sens caché. J’en comprends alors qu’il souffre de sa relation avec ses frères et soeurs, qu’il n’arrive pas à leur parler de ce qu’il ressent vraiment et qu’il en souffre tout en n’osant pas le leur dire. En répétant incessamment cette phrase et en mettant l’emphase sur le But I don’t blame them, tout en modifiant à chaque fois sa voix et en la superposant, fait un effet de répétition propre à la musique expérimentale qui accentue ce côté torturé.

La critique doit donc s’arrêter à une interprétation objective et modérément plausible. Déjà que la subjectivité renforce les points que l’auteur veut mettre en avant ou au contraire isoler, l’interprétation ne fait qu’ajouter de la confusion lorsqu’elle est trop personnelle. On ne pourra jamais totalement interpréter le sens de quelque chose et si la personne dont me parlait Tyler n’avait pas explicité sa relation avec sa soeur, j’aurais aussi conclu que c’est un simple beauf… Et même si l’interprétation peut être apparente, comme pour M83 où le côté enfantin et jovial est assez explicite pour que tout le monde l’interprète naturellement comme de l’innocence et de la nostalgie, elle ne pourra jamais refléter totalement les pensées de l’artiste à moins qu’il ne les explicite lui-même. Ainsi, j’ai été souvent surpris lorsque c’était le cas ! Danny Brown a expliqué, chanson par chanson, chaque track de ses deux mixtapes The Hybrid et XXX. J’avais beau essayer d’interpréter au maximum, il manquait des détails qui au final ne rendaient son travail que plus appréciable et profond. Mais lorsque je critique, je ne peux que m’arrêter aux points les plus explicites.

Pour conclure, la critique musicale a plusieurs fonctions. Certains s’en servent pour être “hype” et façonner leur avis. Certains pour comparer leur avis à celui des autres… D’autre pour se donner une idée avant d’écouter. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on peut toujours s’y fier et qu’elle n’est pas dérisoire. On ne juge pas vos goûts, on en juge la qualité. J’aime beaucoup Marvins Room de Drake… J’ai dû l’écouter plus d’une centaine de fois. Pourtant je reconnais objectivement que musicalement c’est très pauvre… Mais je n’ai pas choisi de l’apprécier ! C’est un péché mignon, on va dire. Ainsi, on devrait repenser à l’objectivité de la critique musicale avant d’avancer l’importance du respect des goûts et des couleurs.  Ca me rappelle un article parodiant Pitchfork, où l’auteur critiquait pompeusement la musique. Oui, la musique dans son ensemble. Je me suis toujours demandé ce que ça aurait donné si chaque site l’avait fait sérieusement et si là, la critique aurait gardé tout son sens… et toute son objectivité.